Rentrée parlementaire au Sénat galactique – souvenirs d’été

… Il était si en colère, et si impuissant, qu’il m’a juste hurlé : « prenez des vacances et ne revenez qu’après avoir dépensé tout cet argent ! »

−       Et tu as été où ?

−       Je suis rentré chez moi, et j’ai dit à ma Twi’lek, ma petite Cressinda d’amour, « Cressi, monte dans le vol-vite, on part en vacouilles ! » et elle a crié à nos enfants Marvulipe, Tournipelle, Claradégout, Jean-Jacques, faits vos valoches, on s’en va en vadrouille ! » et on est partis.

−       Et tu es parti où ?

−       Le chauffeur a foncé sur la voie galactique B86 sur au moins quatre cent cinquante débullomètres, tandis que les enfants jouaient au galaxopoly, et que je faisais une sieste dans le vestibule.

−       Ton Flanctère Trois-mille-quatre-cent a un vestibule ?

−       Je ne t’ai pas dit ! J’ai racheté un Pédaloum-deux-cent-quatre-vingt-dix-neuf pour moitié du prix sur le marché sénatorial !

−       Incroyable ! Et où as-tu été, avec ton Pédaloum-deux-cent-quatre-vingt-dix-neuf ?

−       Quand je me suis réveillé, j’étais dans un coin de la galaxie que je ne connaissais pas, quelque part entre Jupimède et Ganothon-la-brillante. J’ai demandé au chauffeur :

« où est la ceinture d’étoiles en cuir de vache? », et il m’a répondu :

« nous l’avons dépassé il y a deux bons éons. Vous voyez le tas de brillantinettes au fond à gauche de mon pare-brise-spatiale ? C’est la galaxie voisine, Nexodora-la-lointaine. Nous sommes près de la fontaine de Pluturne, entre le bras Andouillon et la nébuleuse du clown. » Et là, je commence à comprendre. Je lui dis

« Mon dieu… Mais alors cet hexagone géologique qui flotte en face, ne serait-ce pas…

Parfaitement. Tout ce qui reste de Mameloupre, la planète-Capitale, il y a longtemps dévastée…

−       Il n’y a que ça qui est resté… J’ai visité cette planète dans mon enfance… Je me revois, courant, les tentacules au vent, les patounes nues sous le pavé de gribois noir qui tapissaient les rues de la capitale, Malmomek-la-fameuse… J’étais aussi parti en randonnée dans les terres molles, visiter les villes saintes de Thelmalacalme, d’Ankoum-sur-marécage, de Duprée-l’ancienne. Et je me rapellerais toujours, l’éclat des coléoptères, l’air pur de la cambrousse, les plantations d’herbo-croate, de patatrousses, et de rutabac, l’odeur du moultelle quand on le laisse sécher, et le lait des broutraches… Et là dessus je fond en larme sur mon chauffeur.

−       Mille milliards de milles kopreckes mouillées !

−       Alors, pour ne pas perdre la face, je lui ai dit que j’avais attrapé lors d’un de mes voyages sur Pitosphère un parasite lacrymal qui faisait pleurer mes trois yeux de temps à autres.

−       Ohoh ! Malin ! Tu n’es pas sénateur pour rien !

−       Malheureusement, il ne m’a pas cru, et, en jurant par tout les Hauts du Panthéindivons, en se signant du triangle, du pouprocelle, et de la margattine, il se posa aussi vite que possible, et me laissa là-bas.

−       Tu ne t’es pas retrouvé sur Plancktête, par hasard ?

−       Non, mais c’était tout juste. Le spatiotruc dans lequel il nous a débarqué comme des bommes était infesté de Paparomions et les collonettes électroniques avaient été mangeotées par des capricornes-nains, on a du crapahuter deux béons et demis dans les pachydermes avant de pouvoir bigaller un space-taxi en space-stand. C’était délifourchon et de terribles vacouilles.

−       Oulala… Ces vacouilles ont pas l’air top, en effet. C’est un cadeau empoisonné, un peu à la Big-Slug-Jimmy défiant Mac’Arrhoony…

−       Exactement, le genre de cadeau qu’on ne peut refuser, mais qui vous dépète à la flagueulle, comme un poste de premier-directeur-trottiste.

−       Ouaip.

−       Ouaip.

−       Ouaip.

−       Ouaip.

−       Et toi tu es parti où en vacouilles ?

−       Oh…

−       Bah…

−       Méh…

−       Ah ! Dis !

−       Hey ! Oh ! Okay.

−       Ennnh ?

−       J’ai laissé ma Gogonne décider de l’itinéraire.

−       Hahaha ! Et alors ?

−       On va d’abord voir ses cousins sur Clèsse-la-Ronde, ils vivent à Protteville, entre Oug-la-mélancolique et Prim-sur-Avance, dans un petit bongalove très mignon avec vu sur la plère. De là on a fait une randonnée dans les Montagnes du Gougniafier, et dans la plaine-plate-et-plantée-de-plantes-plumées. Après nous avons pris la navette. Et nous sommes arrivés sur la lune rousse. Le cratère de Popliterne était en éruption, et c’était la fête de la soupe à la camomille.

−       Oh ! Fameux ! J’en ai tant entendu parler !

−       Oui, c’est une fête célèbre. Il y avait des chanteurs de Razz, de Clagga, et de Bégaie-dance-hall. Mais ma femme a abusé de D-koksion, et elle a fini rouflaquette à débourailler dans les prunelles du vice-princeiller-démunicipal. Alors nous avons dû fuir en charter, retour à Clèsse-la-Ronde. Et de là, comme le plan de ma Gogonne n’avait pas marché, je voulais me remettre à décider. J’ai proposé le rodéo-sauvage de Plantula-entre-les-galaxies, les courses d’astéroïdes dans la bretelle extérieur, les bars de New-New-New-New-Mérignac, les danseuses Minilèques du Costombras Central, elle voulait absolument aller retrouver sa mère à Veuz-Oul, et de là couper via le bras de Mérymède pour arriver chez ses oncles, des baratapeurs de montagne, qui travaillent entre les exploitations de brumure de Miranda-Caillouteuse et Miranda-Rocailleuse, et parfois aussi dans les mines de cailloux et de rocaille de Bégum-trop-tard.

−       D’où ?

−       Bégum-trop-tard.

−       Waw. Vous êtes partis vraiment loin.

−       J’ai réussi à attraper un cargo transportant du bactéroïde-fumant-basse-tension, et j’ai dû nettoyer les toilettes pour gagner mon droit de passage. J’ai laissé ma femme sur place. C’était des vacances horribles.

−       Tu sais, je te comprends… Pourquoi nous, qui travaillons toute la journée, à la sueur de nos fronts boursouflés, pour faire vivre cette grande union qu’est l’Union Intergalactique, nous n’avons pas droit à des vacances décentes ? Alors que nos cœurs, nos corps, nos âmes, sont tournés tous tout entiers vers la mission sainte qui nous a été confiée, de guider ce monde vers le progrès, la réussite, la richesse, et tout ça…

−       Il n’y a plus de justice…

Les sénateurs galactiques ont l’honneur de nominer Cécile pour ce nouveau défi : elle composera un petit sonnet bien tourné sur le thème « Biquette, ô ma biquette ».

Texte : sénateur Tristan, illustration : tentacule Nina.

un avis sur “Rentrée parlementaire au Sénat galactique – souvenirs d’été

  1. Moralité : intergalactique ou pas – vive la rentrée !
    En plus, les copains, vous avez été drôlement sympas : vous m’avez donné un sujet à ma mesure…

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