Le mardi, c’est lépidoptères assortis

La Métamorphose

(C’est pas encore mardi, mais j’ai déjà fini, et j’aurai pas le temps demain)

Ce matin-là, lorsque Gregor Samsa s’éveilla, après un sommeil long, mais agité et peuplé de rêves pénibles, il se retrouva là où il s’était endormi, métamorphosé en un être inimaginable et horrifiant.
De son corps, devenu très mince, dur et raide, s’échappait un nombre incroyable de protubérances (d’appendices ? comment nommer l’innommable ?) qu’il voyait s’agiter sous ses yeux, mais auxquels il lui était complètement impossible d’imposer sa volonté. Quelle volonté, d’ailleurs : il ne voyait absolument pas à quoi ils pouvaient servir. Il essaya de se concentrer. Devant lui, il voyait, sous son ventre, s’agiter frénétiquement une multitude (dix ? huit ? il voyait trouble) de pattes d’une finesse effrayante. Il semblait bien que ce soient des pattes, il avait déjà vu des insectes qui en étaient pourvus – mais si fines ? Ça devait se casser, s’arracher au moindre effort ! Mon Dieu, se dit-il, pourquoi moi ?

Derrière ses yeux (tiens, il voyait derrière lui, maintenant ?) il y avait deux (ou quatre ?) – quoi ? Peaux ? Pétales ? Gregor Samsa n’était tout de même pas devenu une fleur ! Des lambeaux d’une matière d’une légèreté complètement déraisonnable, ça devait se déchirer au moindre courant d’air, ou au moindre mouvement, et pourtant c’était parcouru d’un frémissement qui semblait laisser présager une mise en mouvement (autonome ? Qu’il était censé diriger, lui, Gregor Samsa ?). Plus épais que la toile d’araignée, pourtant – bon, cela avait peut-être une certaine solidité. Mais ces couleurs ! Bonté divine ! Une débauche de couleurs criardes et mal assorties, taches prétendument symétriques, yeux colorés (des yeux ? Etait-il censé voir par ces yeux là aussi ? Pour le moment, en tout cas, noir total de ce côté-là). C’était moche. Et dangereux : le premier oiseau venu ne pouvait que se précipiter sur un être aussi voyant ! Et puis ça ne tenait pas ! Il voyait déjà autour de lui se déposer des traces de poussière de couleur, visiblement tombée de ses ailes. Des ailes ! Bonne mère ! C’était donc ça ! Il avait des ailes, maintenant ! Mais il n’avait pas demandé ça, lui !

Désespérée, la chenille Gregor Samsa se laissa tomber de sa feuille et versa des larmes amères.

http://www.dailymotion.com/video/xc5wcn_metamorphose_animals

La patate chaude est pour Nina et CLouise, avec pour thème : « A la rencontre de nos amis les Martiens ». Ou bien, si vous préférez, « La guerre des mondes », c’est la même chose.

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