Le mardi, c’est pour Charlie

Conte express :
Il était une fois une espèce d’apprentie sorcière, très apprentie. Mais depuis qu’elle était en cheville avec un groupe de drôle de gens (« Les brins de laine dans l’arrière cuisine », je ne sais plus comment ils s’appelaient…), elle faisait beaucoup de progrès. Par exemple, après s’être replongée dans la lecture de Frankenstein, et à l’occasion de la visite d’une certaine Alice, qui était venue la prendre en photo dans sa bibliothèque, elle avait ressorti un certain nombre de grimoires qu’elle avait un peu oubliés. Et elle avait eu une idée, et elle avait enfin réussi à fabriquer un être humain. Un petit être humain femelle, qu’elle gardait depuis lors bien à l’abri du monde extérieur (curieux et rhumes) dans un bocal.
Mais voilà qu’aujourd’hui, la petite Homuncula s’est sauvée de son bocal, et s’est lancée dans une danse du ventre effrénée, au milieu des grimoires illustrés.
Que va-t-il arriver ?

Commentaire :
La sorcière n’avait bien entendu pas eu l’idée saugrenue d’habiller sa petite Homuncula, qui était bien au chaud dans son bocal. Mais celle-ci avait entendu la radio, et avait trouvé prudent de couvrir un minimum sa nudité, pour danser la danse du ventre. Ce qui ne suffira sans doute pas, le jour où le djihad entrera dans la salle à manger de la sorcière. Mais bon, on verra. En attendant, Homuncula danse, et Charlie est vivant.

Mona: Quelque Chose de Dansé Pop Art

- Tu, tu… dors ? Parce que… Parce moi non. J’y arrive pas. Alors, hum.. je te regarde dormir, paupières closes, léger ronflement – oh, pardon, je, je veux dire un, un ronronnement – ton esprit et ton corps planent un peu au dessus de moi. Je, hum. Je t’entends pas penser. Je sais pas si ça m’angoisse, mais oui, oui. Oui, pour sûr tu dors.

Eh, tu dors ? Encore ? J’ai l’impression que tu t’arrêteras jamais. Et puis plus je te regarde dormir moins j’y arrive, c’est égoïste. Mais en même temps j’ai le souffle coupé, de toi, là putain. Je peux te fixer sans ciller du regard, je veux dire, je peux te dire des choses affreuses, des choses terribles dont tu ne pourras pas me blâmer. Enfin je peux te dire que je t’aime. Je peux aussi te raconter comment j’ai les mains moites quand je pense à toi, sans que tu moques. Ah c’est con hein ? Je peux te dire que je déteste ta tête de pomme le matin, parce que je, j’ai l’impression que je ne ferai rien de ma vie, que je ne sortirai plus jamais de cette chambre si tu restes là, à me regarder. Qu’un trou béant s’ouvre dans ma poitrine, que je, j’ai, j’ai l’estomac rempli de stalactites – stalactites ou stalagmites ? Je sais pas, j’ai jamais retenu la différence, tu sais toi ? Je suis sûre que tu sais – Mon corps fait des plocs, ma tête claque, mes ongles crient.

Regarde-moi, allez, regarde-moi, je te souris. Je dis des jolies choses à ton corps joli. Je te parle sans que ma raison tienne les brides de mon orgueil. Oui, bon, le, le jour je déglutis et puis je t’insulte avec ma bouche mais tu sais pas, ça, hein, que je t’étreins avec mes lèvres glacées. Je te dirai jamais ça éveillée, de la poésie de comptoir. Tu te rends comptes, tu te rendrais compte, et tu te moquerais. Ou pire tu ne saurais pas quoi dire et tu t’en irais, avec ton air bredouille et débraillé à la con, tes mains gênées et pleines d’excuses.

Là, là, pour une fois, je profite, je profite t’entends ? Non t’entends pas. Tu me fais un cadeau, tu, tu te rends pas compte, tu sais pas toi, à quel point c’est beau de parler à ton corps, ton corps tout entier, et peut-être même un peu à toi, dans un coin de ta tête muet qui ne dirais mot de notre conversation unilatérale.

Dormir si profondément, ce n’est pas possible, c’est, c’est, c’est fascinant. Une petite mort des rêves, oui, une mort élégante mais pas délicate, évidente et…oui, implacable.

Ah oui, et tu parles des fois tu sais ? Tu lances des mots, des bribes incompréhensibles sur fond de grognements sauvages. Je ris souvent quand j’en attrape une ou un. Tu prends tu sais, ta voix de petit enfant sage – à qui on aurait donné le bon Dieu sans confession quand tu veux un café le matin dans le lit – et à la fois des intonations de goule mystique.

Je, si tu savais, j’ai l’impression que tu vas dormir pour toujours. C’est drôle comme le temps se suspend et s’étire des fois. « Le temps passe vite quand on s’amuse », ouais, merde non parce qu’à cet instant précis j’affirme résolument que c’est faux. Je sais pas, c’est peut-être un peu pervers de te parler comme ça sans que tu puisses répondre. À dire vrai, je m’en fiche. Voilà c’est dit, je suis soulagée. Au moins j’aurai pas ça sur la conscience.

[Elle récite en fredonnant] Tu dors, il dort, nous dormons, vous dormez, ils dorment… J’ai le sentiment étrange que tout le monde dort et pas moi. Que tout m’est offert. Le monde même, m’est offert et je ne peux donner à personne d’autre … qu’à moi-même. Quelle solitude glorieusement inutile.

Moi je veux te donner, je veux te donner des petits bouts de moi, faire des actes stupides, des choses stupides, te faire l’amour en riant, sous la pluie et, …et, et même mieux sous l’orage, j’aime l’orage, je te l’ai jamais dit d’ailleurs. Ça m’effraie et m’excite. Je trouve ça jouissif, c’est totalement incontrôlable et on se sent tout petits face au chaos du ciel immense. Bref j’aimerais…J’aimerais bien, j’aimerais… Non, je veux, je VEUX faire tout ça, je ne veux pas que tout « ça », ça soit banal, qu’on s’éteigne comme le crépuscule en campagne – c’est joli, oui ok, mais fugace -, je veux que ça parte dans tous les sens, que ça vole en éclats, que ça éclate comme une tasse à café qui nous aurait échappé des mains le matin et qui se briserait en mille morceaux et qu’on soit étonné que ça soit possible, alors que, que cette tasse paraissait si, si banalement banale de prime abord. Je veux du moche, oui, du dégueulasse, je veux des ruptures d’anévrismes à n’en plus pouvoir tant on se manque, je veux tout ça, pas les perles de pluie comme il dit l’autre, je veux des rochers de pluie, des putains de torrents de graviers de toi, putain tu comprends ?!?

Je veux te donner… Moi.

En fait, nous, ça serait un truc, non, non, pas un truc – ne te vexe pas, il y a des charmants trucs, non je ne vais pas te faire le réquisitoire du « truc » comme le réquisitoire sur l’importance vitale que revêt le citron pour nos organes, bien que… – Ah oui, donc nous deux, ce serait un truc du style dansé Pop Art.

Oui, j’ai bien dit ça, et j’y ai bien réfléchi, un truc donc, qu’on ne saurait pas définir. Un truc qui prend des abords de paris sans solde, un peu mystérieux, et intello duquel tout le monde acquiescerait d’un même homme sans réelle illumination, un truc qui te motiverait à faire tout un monologue sans savoir ce que tu vas dire, mais qui te fais dire des choses, juste dire des choses pour lancer comme ça le mot Pop Art, parce que sinon tu ne respectes pas les termes du contrat, et tu déroges à la Règle, et la Règle, elle te rattrapera dans un coin sombre, dans une ruelle mal éclairée au sud d’Aubenas, la Règle te rattrapera.

Et je fais quoi moi, si, si tu te réveilles pas ? Je veux dire, si tu veux pas jouer le jeu, si tu échappes à la Règle ? Si tu décides de pas te battre. Parce que j’ai pas envie de terminer mes jours à Aubenas moi. Je fais quoi si tu restes là, planté là comme un piquet bienheureusement endormi ? Et pas si tu te réveilles pas tout court, mais je veux dire, tout entier ? Si je ne suis juste pas… suffisamment…assez ? Si tu es simplement tombé follement amoureux de mes fesses et de mes cheveux, que tu n’aimeras qu’une fois de temps en temps ?

Je fais quoi ? Je fais quoi hein ?! HEIN ? Et tu dors encore, j’en ai marre, merde mais tu vas JAMAIS TE REVEILLER ? PARLER PUTAIN ? Être… ÊTRE TOUT, TOUT, TOUT SIMPLEMENT TOI ? ME DONNER UN PEU ?

Me faire un cadeau mais quelle connerie… Non, une offrande… ! Ô joie d’une confidence, enfin je vous remercie Monseigneur que vous êtes magnanime, dans toute votre mansuétude vous êtes grand. Et je dirai merci EN PLUS ?! Tu sais quoi ? J’en veux pas de ton don, je suis pas Emmaüs, je suis pas une putain d’une œuvre de charité, j’ai mon orgueil –de merde certes- mais j’ai ma fierté moi Monsieur.
Et puis tu ronfles, c’est bruyant et non, non, je retire c’est pas beau, non, c’est, c’est pas beau c’est un tremblement de terre, un éboulement dévastateur désagréable comme des travaux sous la fenêtre. Ouais, POP ART DE MES FESSES, MAIS mon Dieu quelle conne. Quelle conne. Je suis VRAIMENT TROP CONNE NON ? Je retire toutes les mièvreries fleuries et dégoulinantes que je viens de débiter. Tu les mérites pas. Je les pensais pas, c’est un exercice de style, une expérience quoi. Voilà, une super expérience, merci. Merci beaucoup. Quoi ? Hein ? A bientôt hein ? « À plus » COMME ON DIT ?! TU DORS ?! HEIN TU DORS OUHOUH TU DORS ?! BIEN SÛR QUE TU DORS, TOUT LE MONDE DORT, LE POP ART DORT, EMMAÜS DORT, LE PAPE DORT, NOTRE PAYS DORT, MEME LE PUTAIN DE FICUS AU PIED DE TON LIT DORT.

- Hum ? [S’étire et sourit] Bonjour… Que tu es belle le matin.

- [Sourit, l’air de se réveiller] Hey, salut… Tu veux un café ?

Un sapin de Noël idéal en allumettes?

Reportage girondin: la vie est dure, froide et humide à Bordeaux. Le ciel se plaint, les oiseaux pleuvent et les gens s’envolent vers des contrées plus chaudes, hospitalières et familiales. Notre journaliste toute terrine est allée auprès de ces habitants habités de désirs non assouvis.

Elle leur a posé UNE question:

Ce serait quoi votre sapin de Noël idéal en allumettes?

À partir des réponses ingénues, ingénieuses et parfois morbides rappelant l’état de crise économico-financière-anarco-dépressive de la jeunesse, deux artistes laboisées ont exaucé leurs souhaits.

Un sapin collectif qui participe de la cohésion sociale:

Un sapin socioculturel qui contribue à la cohésion sociale et au moral des habitants. Un sapin qui unit les aspirations de tous.

Parole de l’artiste: « Un sapin aux mille couleurs agrémenté de trois cintres, de six branches en allumettes, le tout posé ou plutôt planté sur un cylindre magique étoilé. : – ) »

Des sapins reflétant l’intériorité intime de ces interviewés:

 » Il est cylindrique, avec que six branches, parce qu’il prend mieux feu comme ça, avec une grosse grosse grosse étoile pas comme d’habitude, c’est coloré, pas vert. »

Beau sapin cylindrique reflétant l'intériorité de l'interviewée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Avec ma mère, on faisait un sapin avec des cintres. C’est mieux les cintres. »

Pour respecter les aspirations de chacun, un sapin en cintres en bois.

« Un sapin de Noël brûlé. Tu brûles d’abord les allumettes et tu reconstitues après. »

Un sapin positif qui rappelle la joie de Noël.

 

 

Défi de la semaine prochaine à TOUT LE MONDE (avec une un focus sur Alice mais qui peut convoquer qui elle veut), quelque chose de dansé pop art.

Le mardi, c’est lépidoptères assortis

La Métamorphose

(C’est pas encore mardi, mais j’ai déjà fini, et j’aurai pas le temps demain)

Ce matin-là, lorsque Gregor Samsa s’éveilla, après un sommeil long, mais agité et peuplé de rêves pénibles, il se retrouva là où il s’était endormi, métamorphosé en un être inimaginable et horrifiant.
De son corps, devenu très mince, dur et raide, s’échappait un nombre incroyable de protubérances (d’appendices ? comment nommer l’innommable ?) qu’il voyait s’agiter sous ses yeux, mais auxquels il lui était complètement impossible d’imposer sa volonté. Quelle volonté, d’ailleurs : il ne voyait absolument pas à quoi ils pouvaient servir. Il essaya de se concentrer. Devant lui, il voyait, sous son ventre, s’agiter frénétiquement une multitude (dix ? huit ? il voyait trouble) de pattes d’une finesse effrayante. Il semblait bien que ce soient des pattes, il avait déjà vu des insectes qui en étaient pourvus – mais si fines ? Ça devait se casser, s’arracher au moindre effort ! Mon Dieu, se dit-il, pourquoi moi ?

Derrière ses yeux (tiens, il voyait derrière lui, maintenant ?) il y avait deux (ou quatre ?) – quoi ? Peaux ? Pétales ? Gregor Samsa n’était tout de même pas devenu une fleur ! Des lambeaux d’une matière d’une légèreté complètement déraisonnable, ça devait se déchirer au moindre courant d’air, ou au moindre mouvement, et pourtant c’était parcouru d’un frémissement qui semblait laisser présager une mise en mouvement (autonome ? Qu’il était censé diriger, lui, Gregor Samsa ?). Plus épais que la toile d’araignée, pourtant – bon, cela avait peut-être une certaine solidité. Mais ces couleurs ! Bonté divine ! Une débauche de couleurs criardes et mal assorties, taches prétendument symétriques, yeux colorés (des yeux ? Etait-il censé voir par ces yeux là aussi ? Pour le moment, en tout cas, noir total de ce côté-là). C’était moche. Et dangereux : le premier oiseau venu ne pouvait que se précipiter sur un être aussi voyant ! Et puis ça ne tenait pas ! Il voyait déjà autour de lui se déposer des traces de poussière de couleur, visiblement tombée de ses ailes. Des ailes ! Bonne mère ! C’était donc ça ! Il avait des ailes, maintenant ! Mais il n’avait pas demandé ça, lui !

Désespérée, la chenille Gregor Samsa se laissa tomber de sa feuille et versa des larmes amères.

http://www.dailymotion.com/video/xc5wcn_metamorphose_animals

La patate chaude est pour Nina et CLouise, avec pour thème : « A la rencontre de nos amis les Martiens ». Ou bien, si vous préférez, « La guerre des mondes », c’est la même chose.